RENAULT TOURNE LE DOS AUX HYBRIDES RECHARGEABLES ET MISE SUR UNE AUTRE VOIE

La marque au losange prépare en silence une révolution dans sa gamme : exit les PHEV jugés "hypocrites", place aux "super-hybrides", ces électriques à autonomie étendue qui pourraient bien réconcilier les automobilistes les plus réticents avec la mobilité électrique.

Il faut parfois savoir reconnaître ses erreurs, ou du moins ses désillusions. En 2023, Renault a discrètement mis fin aux versions hybrides rechargeables du Captur et de la Mégane, après seulement trois petites années au catalogue. Pas de grande annonce, pas de mea-culpa : juste un retrait pragmatique. La technologie PHEV, rentable sur des véhicules premium à forte marge, l'est beaucoup moins quand on évolue dans les segments inférieurs où chaque euro compte.

Aujourd'hui, Renault ne maintient plus qu'un seul modèle rechargeable dans sa gamme : le Rafale E-Tech 4x4, 300 chevaux, et surtout le modèle le plus cher de la marque. Un choix assumé, presque symbolique. La stratégie officielle se résumait jusqu'ici à deux piliers : les hybrides classiques (HEV) d'un côté, les électriques purs (BEV) de l'autre. Simple. Lisible. Et visiblement insuffisant pour convaincre tout le monde.

Une critique frontale des PHEV "à la carte"

Ce qui change, c'est le ton. François Provost, directeur général du groupe Renault, ne mâche plus ses mots. Dans une récente interview accordée à Autocar, il s'en prend directement aux hybrides rechargeables avec une faible autonomie électrique vendus par certaines marques allemandes et chinoises, qu'il qualifie sans détour de "faux PHEV". Des véhicules qui affichent une prise de recharge sur la carrosserie mais dont les propriétaires, dans les faits, branchent rarement. Voire jamais.

La charge est sévère, et pas totalement infondée. Plusieurs études ont montré que les PHEV d'entreprise, notamment, circulent en mode thermique dans leur immense majorité. L'argument environnemental s'effondre alors comme un château de cartes. Renault, en prenant ses distances avec cette technologie dès 2023, avait peut-être anticipé cette réalité avant les autres.

Les "superhybrides", la carte maîtresse de Renault ?

La vraie nouveauté, c'est ce que Renault appelle en interne les "superhybrides", comprenez les EREV, ou électriques à autonomie étendue. Le principe est relativement simple : un moteur thermique est embarqué, non pas pour entraîner les roues directement, mais uniquement comme générateur d'électricité. L'auto reste fondamentalement électrique dans ses sensations, mais se libère du stress de l'autonomie grâce à un moteur 1,5 litre développé par HorsePowertrain, la coentreprise Renault-Geely dédiée aux motorisations hybrides.

Bruno Vanel, chef de produit chez Renault, évoque des véhicules capables de réaliser 800 km sans escale, et surtout sans angoisse. Les futurs modèles compacts et intermédiaires de la marque (segments C et D) devraient bénéficier de ces architectures EREV, positionnant Renault dans une niche encore peu occupée en Europe, mais déjà plébiscitée en Chine. Toujours est-il que cela reste un moteur électrique alimenté par une batterie elle-même rechargée par un moteur thermique et, par conséquent, un carburant fossile. Est-ce vraiment plus viable qu'un PHEV ?

2026-03-02T10:42:19Z