Depuis 2023, Stellantis détient une participation dans Leapmotor. Cela a permis la création d'une coentreprise dédiée à l’exportation et à la production hors de Chine. En Europe, des modèles comme les SUV B10 et C10 ou encore la petite citadine T03 sont déjà vendus via le réseau Stellantis. Mais selon Bloomberg, le groupe réfléchirait désormais à aller encore plus loin avec son partenaire chinois. Plus précisément, l'idée serait d'utiliser directement les batteries, chaînes de traction et soubassements techniques de Leapmotor pour ses propres marques généralistes. Il ne s’agirait donc plus seulement d’importer des modèles, mais d’intégrer de la technologie chinoise au cœur de futures Fiat, Opel ou Peugeot. Ce qui constituerait sûrement une première pour un grand constructeur occidental sur le marché européen.
Avec l’hypothèse d’un tel virage, on peut se demander ce que deviendraient alors les architectures internes développées à grands frais depuis des années. La STLA Small doit équiper la prochaine génération de Peugeot 208 et la future Opel Corsa. La plateforme Smart Car sert déjà de base aux Citroën C3, Fiat Grande Panda et autres Opel Frontera. Il paraît donc difficile d’imaginer un revirement brutal sur ces modèles. En revanche, l’adoption partielle de solutions Leapmotor pourrait concerner des extensions de gamme, des modèles urbains à bas coûts ou des segments intermédiaires sur lesquels la pression tarifaire est maximale face à BYD et MG Motor. L’enjeu pour Stellantis serait réduire les coûts de développement et accélérer la mise sur le marché, alors que les constructeurs chinois sortent parfois un nouveau modèle en moitié moins de temps.
Si ce scénario fait peut-être partie du fameux "reset" voulu par Antonio Filosa pour son groupe, il n’empêche qu’il résonne aussi avec les propos de Carlos Tavares. Dans son autobiographie, fin 2025, l’ancien patron reconnaissait avoir "invité le loup dans la bergerie" en intégrant Leapmotor à Stellantis. Il évoquait le risque d’une dépendance technologique croissante vis-à-vis de la Chine. Ironie de l’histoire : ce partenariat, initialement pensé comme un levier d’expansion, pourrait devenir un outil de compétitivité indispensable. Il y a toutefois une limite majeure : la réglementation américaine interdira à partir de 2027 l’importation ou la vente de véhicules connectés intégrant des technologies chinoises. Toute extension du partenariat devra donc composer avec des enjeux de souveraineté industrielle et de protection des données. Reste maintenant à savoir si Stellantis franchira le pas, et jusqu’où un groupe européen peut externaliser son cœur technologique tout en conservant son autonomie stratégique.
2026-03-02T06:31:00Z